• Vincent Pessama

Atelier d'écriture à Libourne 2022/2023 (1/8) - Groupe 1

On redémarre la saison à l'Université du Temps Libre de Libourne !


Exercice 1 : une main pour se présenter


Pour se remettre dans le bain, nous avons commencé l'atelier avec un exercice permettant d'expérimenter le calligramme.


Je vous ai demandé de dessiner au crayon les contours de votre main, puis d'écrire sur ces contours cinq phrases pour vous présenter : Une chose que vous aimez / Une chose que vous n’aimez pas / Une activité réalisée cet été / Le dernier livre lu (titre et auteur) / Un détail physique ou un signe particulier. Il fallait faire tenir ces cinq phrases sur l’intégralité du contour.


La feuille devait rester anonyme.


Après avoir distribué les feuilles au hasard, nous devions deviner qui en était l’auteur à l’aide des indices et écrire son prénom au centre.

Si vous souhaitez découvrir l'univers des calligrammes, je vous conseille de vous plonger dans ceux de Guillaume Apollinaire.


Exercice 2 : L'Abécédaire


Il s'agit ici d'écrire une ou plusieurs phrases de 26 mots au total.

Dans ce très court texte, la première lettre de chaque mot suit l'ordre alphabétique.


A titre d'exemple, voici ma production :


Albertine BERTIER court, démaquillée, en futal gris. Hantée, irrémédiablement jolie, kleptomane, lassée, mélancolique, navrée, outrée par quelques rancœurs souterraines, terrorisée : un véritable xénogenre wapiti yankee zarbi !


Voici la production de Améthis :


A Bordeaux, Céline, Déterminée, Exécute Froidement Gaspard Homme Indigent. Joueur, Kévin L’aide Mais N’Obéit Plus Quand ,Remontée, Sa Tueuse Uniformise Vincent, Wilfried, Xavier, Yves, Zoé.


Voici la production de Gene :


Aujourd'hui Barnabé Chante.

Décibels Et Fausses Gammes Hystériques Irritantes Jaillissent.

Karine Lance, Mauvaise : « Noooooon ! On Préfère Que Rémi Sorte Traitreusement Un Vieux Whisky. Xavier Yodlera Zairois ! »


Une autre manière d'attaquer cet exercice est l'inventaire.

Voici un exemple que vous pouvez essayer de compléter chez vous :


A brader : cinq danseuses en froufrou...


Vous pouvez aussi essayer d'écrire un texte en partant du Z jusqu'à la lettre A (c'est plus difficile !).


Exercice 3 : La chasse aux verbes !


Je vous ai demandé de lire ce texte en essayant d'en identifier sa particularité :


Le premier psy. Six ou sept ans. Docteur Leroux. Des dessins sur son téléphone.

Ensuite, le docteur Volant. Cool.

Docteur Benjelloun, le mec le plus déprimant de l’univers. Pendant toute la séance, le monde allait mal, l’humanité perdue, la vie inutile. L’optimisme d’une chanson d’Adele !

Adolescent, le docteur Merny pendant quelques années. Jamais coiffé. Une fois souriant, la fois d’après, la gueule.


Vous avez remarqué qu'il n'y avait (quasiment) pas de verbe.

Je vous ai ensuite montré le texte d'origine.


Le premier psy que j’ai vu, je devais avoir six ou sept ans, il s’appelait docteur Leroux, il me faisait faire des dessins pendant qu’il jouait sur son téléphone. Ensuite, il y a eu le docteur Volant, il était cool et il avait l’air de vraiment vouloir m’aider, mais moi je ne voulais pas parler. Je me souviens aussi du docteur Benjelloun, le mec le plus déprimant de l’univers. Pendant toute la séance, il me répétait que le monde allait mal, que l’humanité était perdue, que la vie était inutile puisqu’on allait finir par mourir. Je ressortais de là avec l’optimisme d’une chanson d’Adele. Adolescent, j’ai eu le docteur Merny pendant quelques années. Il fumait pendant les consultations et n’était jamais coiffé. Il me faisait marrer, même si je ne savais jamais de quelle humeur il allait être : une fois il était souriant, la fois d’après il faisait la gueule. Un jour, il avait les pieds sur le bureau quand je suis entré dans le cabinet…


Extrait de Il nous restera ça – Virginie Grimaldi


L'exercice consistait donc à supprimer les verbes d'un texte et à recomposer des phrases. Vous avez tout d'abord effectué ce travail d'épure sur un long extrait du Collier rouge de Jean-Christophe Rufin et ensuite écrit un texte personnel en vous efforçant de n'utiliser aucun verbe.


La contrainte de base était de ne jamais utiliser de verbes conjugués ou à l'infinitif. Toutefois, il vous était possible d’employer des participes passés à forme adjectivale.


Voici le texte poétique de Gene :


Un après-midi d'automne,

La douceur du soleil doré,

Du feu dans la cheminée.


Lovée dans le canapé,

Une tasse de thé fumant et parfumé,

Et dans l'assiette, un biscuit.


Un biscuit ? Non !

Pas un simple biscuit !

Un petit beurre,

Le petit beurre de mon enfance,

Mon petit beurre magique.


Et avec lui, le souvenir de ma grand-mère,

Le sourire de ma grand-mère,

L'amour de ma grand-mère.

Ma grand-mère Madeleine.


Ce petit beurre tout simple,

Ma madeleine à moi,

Mon petit beurre bonheur.


Voici le texte poétique de Françoise K., d'après lecture-trouvaille, Le Mur invisible de Marlen Haushofer.


Une femme, en vacances avec des amis, dans les Alpes autrichiennes.

A son réveil, dressé entre elle et ses amis, entre elle et le monde, un Mur invisible, infranchissable, imparable.

D’un côté, le sien : le chien des amis, un chat à moitié sauvage… et la nature. Vivants.

De l’autre ? Une paisible pétrification.

L’Impensable. Une seule hypothèse : « une catastrophe planétaire ».


Alors… Présent ? Futur ? Présent. Survie ? Vie ? Dans son chalet, à portée de ses mains quelques réserves, quelques bouts de papier. Un stylo, de l’encre.

Un jour, le suivant, puis l’autre encore, écriture : Désormais, seul témoin, seule trace de son existence. Ecriture… si jamais un jour un lecteur… Une page, une autre, puis une autre encore. Des pages rassemblées, devenues livre… Le Mur invisible.


Ecriture devenue notre belle, émouvante et parfois terrible lecture : la lutte de cette femme, son devenir, ses découvertes, trouvailles, inventions, rencontres (animales ?) ; ses pensées, ses choix… Jusqu’au jour où… Non ! Pas exactement « un jour où ».

Au fil des jours, au fil de la lecture, suspens…

Livre lu, fermé, vertige d’une belle et discrète mise en abyme, d’une fin en suspens…

Notre lecture, désormais personnage essentiel…



Pour conclure, depuis j'ai découvert qu'un auteur avait écrit un roman sans aucun verbe.

Le Train de Nulle Part de Michel Thaler. Dans l'introduction du livre, l'auteur écrit : « Le verbe cet envahisseur, ce dictateur, cet usurpateur de notre littérature depuis toujours ! ».


Je ne sais pas ce que ça vaut (je suis un peu méfiant), mais je vais faire quelques recherches afin de parcourir cette curiosité littéraire.