• Vincent Pessama

Atelier d'écriture à l'UTLib 5/8

L'atelier d'écriture du 07 février 2022 à l'Université du Temps Libre de Libourne était dédié aux récits de vie.


Le récit de vie raconte l'histoire de la vie d'une personne. Il peut se présenter sous des formes variées : biographie, autobiographie, journal intime, mémoires, témoignage... Il peut aussi être le point de départ d’une histoire inventée : autofiction, nouvelle, roman…

Avant de démarrer les exercices d'écriture, chacun devait lister 5 objets qui ont marqué sa vie. Le tour de table a permis de répertorier un grand nombre d'objets.

Exercice 1 : Je me souviens

La principale difficulté de cet exercice est la mise à distance des émotions afin de se consacrer exclusivement au travail de description. Le but ici est de créer une sorte de contradiction interne qui peut aider, dans l'exercice suivant, à faire surgir des souvenirs enfouis dans les profondeurs.

La répétition, en plus de la tournure poétique qu'elle peut apporter au texte, permet de se focaliser sur le passé.

Je me souviens, est aussi une formulation utilisée par George Perec dans son livre du même nom. Je vous laisse découvrir quelques extraits ici.


Exercice 2 : tranche de vie

AIDE : Si vous rencontrez un blocage, fouillez dans vos souvenirs grâce aux questions que vous trouverez dans le document distribué lundi.


Autres possibilités de narration


Dans les deux exercices vous deviez utiliser le JE et le passé. Cependant, il existe d'autres manières de raconter des souvenirs. En voici deux exemples.


Dans La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm utilise souvent le On et le présent (il inclut les lecteurs en partant du principe que ses souvenirs sont partagés par d'autres, il y a un effet d'immersion).


Le croissant du trottoir


(...) Voilà. On est dehors, dans le bleu du matin ourlé de rose: un mariage de mauvais goût s'il n'y avait le froid pour tout purifier. On souffle un nuage de fumée à chaque expiration : on existe, libre et léger sur le trottoir du petit matin. (...)


Appeler d'une cabine téléphonique


(...) Ce n'est d'abord qu'une succession de contraintes matérielles toujours un peu embarrassées : la lourde porte hypocrite dont on ne sait jamais s'il faut la pousser-tirer ou la tirer-pousser ; la carte magnétique à retrouver entre les tickets de métro et le permis de conduire - contient-elle encore assez d'unités ? Puis , le regard rivé sur le petit écran, obéir aux consignes : décrochez... attendez... (...)


Dans L'amant, Margueritte Duras oscille entre le JE et le ELLE. Dans les deux cas elle parle d'elle même. Elle utilise aussi le présent et une narration fragmentée. En résulte un kaléidoscope d’images et de scènes d’une grande puissance poétique et sensorielle.


Voici un exemple avec ELLE.


(...) La petite au chapeau de feutre est dans la lumière limoneuse du fleuve, seule sur le pont du bac, accoudée au bastingage. Le chapeau d'homme colore de rose toute la scène. C'est la seule couleur. Dans le brumeux du fleuve, le soleil de la chaleur, les rives se sont effacées, le fleuve paraît rejoindre l'horizon. Le fleuve coule sourdement, il ne fait aucun bruit. Le sang dans le corps. Pas de vent au-dehors de l'eau. Le moteur du bac, le seul bruit de la scène, celui d'un vieux moteur déglingué aux bielles coulées. De temps en temps, par rafales légères, des bruits de voix. Et puis les aboiements des chiens, ils viennent de partout, de derrière la brume, de tous les villages. La petite connaît le passeur depuis qu'elle est enfant. Le passeur lui sourit et lui demande des nouvelles de Madame la Directrice. Il dit qu'il la voit passer souvent de nuit, qu'elle va souvent à la concession du Cambodge. La mère va bien, dit la petite. Autour du bac, le fleuve, il est à ras bord, ses eaux en marche traversent les eaux stagnantes des rizières, elles ne se mélangent pas. Il a ramassé tout ce qu'il a rencontré depuis Tonlésap, la forêt cambodgienne. Il emmène tout ce qui vient, des paillotes, des forêts, des incendies éteints, des oiseaux morts, des chiens morts, des tigres, des buffles, noyés, des hommes noyés, des leurres, des îles de jacinthes d'eau agglutinées, tout va vers le Pacifique, rien n'a le temps de couler, tout est emporté par la tempête profonde et vertigineuse du courant intérieur, tout reste en suspens à la surface du fleuve. (...)


Et après ?


Vous pouvez suivre cette trame (exercices 1 et 2) pour raconter d’autres souvenirs. Par exemple : 5 lieux qui ont marqué votre vie, 5 personnes rencontrées qui ont changé votre vie, 5 dates où votre vie a basculé…


Vous pouvez aussi expérimenter les autres formes de narration (Elle, On, Présent ...).