• Vincent Pessama

LA TRACE

Après Tokyo by night, voici La trace, une nouvelle création sonore réalisée en collaboration avec Paulyne André. Le texte est disponible en intégralité en bas de la page.


Méthode de travail

Nous avons procédé différemment cette fois-ci : Paulyne m'a envoyé une improvisation au piano qu'elle venait d'enregistrer. C'est à partir de cette première piste que j'ai travaillé sur un texte.

Des passages d'un poème de l'année dernière (Le chant des possibles) se sont rapidement imposés. La Trace en est donc une nouvelle version. Plus sombre, plus pessimiste... peut-être moins refoulée tout simplement.

Paulyne propose également son interprétation du texte en posant sa voix à plusieurs reprises.


La création sonore


⚠️⚠️ Pour profiter au mieux de cette création, je vous conseille d'écouter cette vidéo avec un CASQUE ou des ÉCOUTEURS 🎧.



La photo de fond est de John Rourke (Unsplash)

Il existe aussi une version Soundcloud de ce projet.



L'intégralité du texte


Ils avaient honte de l'avouer

et de passer pour des êtres sensibles,

mais au fond, ils étaient terrifiés

par les mondes invisibles.


Alors... Alors...


Ils ont putréfié les paradis épurés,

enterré les derniers atterrés,

incinéré les créatures éthérées.


Il ont caché ceux qui osaient se fâcher,

répudié les vieux les plus réputés.

Ils ont déchiré les écrits sacrés.

Ils ont fauché le champs des possibles,

éradiqué tous les êtres subtiles.

Jusqu'à l'irréversible.

Pour gagner en crédibilité,

ils se sont déguisés en sages,

décidés à dresser les enfants sauvages,

à domestiquer les indociles,

à dompter les paysages qu'ils jugeaient trop hostiles.


Ils ont arraché l'écorce,

harnaché les torses.

Balancé leurs torches

par dessus les porches.


Ils ont déversé leurs excès plastifiés,

bitumé le chemin des écoliers.

Ils ont souillé les corps,

fouillé le sol comme des porcs.

Ils ont craché leurs bombes,

se sont même crashés sur les tombes.

Comme ce n'était pas assez,

qu'il fallait encore s'engraisser...


Ils ont tronçonné, arraché, défoncé, contaminé,

décimé, incendié, déporté, déraciné, éventré, lacéré,

stérilisé, carbonisé...

... jusqu'à l'irréversible.

... Jusqu'à l'irréversible.


Puis ils se sont médaillés, gratifiés,

ha les con...gratulés.

Ils ont laissé leur trace,

de la crasse à la place de la grâce.


Et pour éviter que les gens lucides

ne les jugent pour leurs méfaits,

ils ont déguisé leur génocide

en véritables contes de fées.

Une histoire pleine de vide

pour des lectures scolarisées,

où les gentils militaires

massacrent des dragons

et font brûler les sorcières

pour sécuriser les wagons

de l'industrie minière

et des plateformes pétrolières.


Jamais inquiétés,

pas même hantés par la moindre culpabilité,

ils s'endorment comme des bébés repus,

bercés par leur certitude

et la douce mélodie du devoir accompli.

Ils sont fiers d'avoir laissé leur trace,

de la crasse à la place de la grâce.

Une trace indélébile.