• Vincent Pessama

LE VIDE

LE VIDE est un texte dont j'ai achevé l'écriture en novembre 2019. Vous trouverez l'intégralité du texte à la fin de l'article.

Je voulais travailler autour du sentiment de solitude qui fait suite à une rupture ou à un décès. Je me suis basé sur mes propres émotions mais aussi sur l'observation de mes proches et le recueil de divers témoignages.

Pour la mise en forme de ce texte, j'avais envie d'expérimenter le son et la vidéo. Le résultat final est le fruit d'un bricolage "maison" : voix, guitare et effets, montage vidéo...


La vidéo


⚠️⚠️ Pour profiter au mieux de cette création, je vous conseille d'écouter cette vidéo avec un CASQUE ou des ÉCOUTEURS 🎧.



La boucle vidéo a été conçue à partir d'un rush de Cottonbro qu'il met à disposition gratuitement sur le site Pexels.

Cette création a été réalisée avec les moyens du bord et mes lacunes techniques. N'hésitez-pas à me faire des retours afin que je puisse progresser pour les prochaines.

D'ailleurs, j'aimerais beaucoup entreprendre ce type de projet en collaboration avec d'autres artistes qui sont en recherche de textes (danseurs, vidéastes, musiciens, peintres, illustrateurs...).

Enfin, en publiant cette vidéo aujourd'hui, même si ce n'était pas le but, j'ai conscience qu'elle pourrait aussi faire écho à ceux qui vivent mal la période de confinement actuelle et la solitude forcée qu'elle génère.

Il existe aussi une version sonore de ce projet.

Le texte intégral


Le vide.

Dans la poitrine d'abord.

Puis dans le lit trop grand

soudainement.

Le vide. Partout.

Devant et derrière la porte close.

Dans les fissures, les bulles d'air,

les interstices, les angles morts.

Le vide oppressant d'où jaillissent

des particules d'incertitude,

légères et corrosives.

Le vide.

Le vide.

Entrevoir une faille dans le vide.

Sursaut d'espoir.

Instinct de survie.

Combler le vide, pour lui faire la peau,

atténuer l'angoisse, étouffer l'écho.

Se remplir.

De nicotine,

de bouffe industrielle,

de flux d'actualité,

de vidéos putaclics,

de tutos beauté

inutiles car il n’y a plus personne à séduire.

Se gaver.

De conseils paranoïaques,

de séries apocalyptiques,

d‘antidépresseurs,

de potins hypnotiques.

Se délecter.

Des rumeurs anxiogènes,

des ragots à gogo.

Se rassurer dans le malheur des autres.

Combler le vide, lui faire la peau.

Consommation effrénée.

Boulimie maboule.

Des terra-octets de photos retouchées,

histoire de réveiller le désir.

Mais c'est nada, niet.

Libido zombifiée par les cachets.

Dommage

collatéral.

Se sentir sale.

Avoir la nausée.

N'oser aucun mouvement.

Rester figer.

Rigide.

Finir par comprendre.

Comprendre que le vide est partout maintenant.

Dans chaque molécule,

chaque aliment,

chaque image...

Dans le moindre octet de donnée avalé.

Partout le vide. Invasif. Intrusif.

En avoir le vertige.

Et l'instant d'après,

la chute.

Une chute infinie,

dont on ne ressort

ni mort, ni vivant.

Vidé de toute volonté.