• Vincent Pessama

Atelier d'écriture à l'UTLib 3/8

Lundi 06 décembre avait lieu le troisième atelier d'écriture créative organisé par l'Université du Temps Libre de Libourne. La thématique était l'écriture poétique.

Les particularités d'un texte poétique


Un texte poétique propose des images qui s’adressent à l’imaginaire d'un lecteur ou d'un auditeur. L’auteur.e recherche une esthétique (visuelle et/ou sonore) pour raconter son histoire ou faire passer son message. Il n’y a pas obligatoirement de rimes ou une structure imposée. Le texte poétique peut prendre plusieurs formes (des paragraphes libres = prose, des vers = poème ou chanson, un dessin avec des phrases = calligramme, des répétitions de mots ou de phrases…).


Etape 1 : le choix du sujet


Les sujets choisis par chacun étaient variés : le mouchoir en tissu, la pluie, l'insomnie, l'arrivée du printemps, la nostalgie, le feu, se faire une place au soleil, le naufrage d'un bateau de migrants dans la Manche et la forêt.


C'était le point de départ de l'atelier.


Etape 2 : la direction


Avant de se lancer, il peut être opportun de s'interroger sur le message que l'on veut faire passer dans le texte et l'angle d'attaque (Je veux raconter quoi ? Pourquoi j'ai choisi de traiter ce sujet ?).


C'est cette réflexion préalable qui va donner la direction du travail qui va suivre et une âme à votre texte.


Si ce questionnement bloque votre créativité, vous pouvez passer à l'étape suivante et démarrer l'exploration du sujet sans direction claire dans un premier temps (selon moi, il sera nécessaire d'y revenir un peu après).


Etape 3 : Le démarrage et la phase d'exploration du sujet


Deux approches sont possibles selon si vous êtes plutôt un.e instinctif.ve ou un.e méthodique.


Les instinctifs attaquent la feuille blanche avec avidité. Ils se sentent libres dans une démarche proche de l'écriture automatique (article assez complet sur le sujet).


Les méthodiques ont besoin d'un point d'ancrage. Je propose dans ce cas-là, l'exercice suivant : segmentez votre sujet en sous-sujets et listez les champs lexicaux (mots, verbes, adjectifs...). C'est un moyen facile pour remplir une feuille blanche.

Concernant les sujets d'actualité, certains pourront aussi lire des articles ou faire des recherches en rapport avec la thématique afin de cerner les enjeux ou s'approprier un vocabulaire, un contexte. Un texte poétique n'exclut pas un travail sur le fond.


A titre d'exemple, j'ai déjà mené des interviews en amont de l'écriture d'un texte pour traiter un sujet bien précis. C'est avec toutes les notes récoltées durant ces entretiens que j'ai pu écrire un texte nommé Le vide. Vous pouvez écouter le texte en question dans la création visuelle et sonore ci-dessous.



Etape 4 : Le développement


Il s'agit ici d'agglomérer des images et des associations d'idées, à partir de vos premières notes.

A ce stade, souvent les deux approches expliquées ci-dessus sont complémentaires.

Par exemple, les méthodiques peuvent entreprendre une approche plus instinctive pour faire des associations d'idées avec les notes inscrites dans leur tableau. Il leur suffira de relire un à un les mots (ou groupes de mots) et de laisser venir toutes les idées qui surgissent spontanément (pas de censure !).


Dans mon exemple (le tableau ci-dessus), à la vue du mot cahier mon esprit à fait remonter le verbe cailler. A la vue du mot livre, est venu littérature, puis lis tes ratures etc...


Bref, à partir d'une démarche initialement très rationnelle, on peut laisser parler sa créativité.


On peut aussi chercher des comparaisons pour trouver des images qui vont stimuler l'imaginaire ou interpeller le lecteur. Pour cela, il vous suffit de choisir des mots issus de votre tableau ou de vos notes et de les lister de la manière suivante :


  • La cantine c'est comme...

  • Se moucher dans un mouchoir jetable c'est comme...

  • Marcher sous la pluie c'est comme...

  • Une nuit blanche c'est comme...

On peut trouver d'autres images poétiques, voire surréalistes, avec les métaphores.

Pour cela, l'exercice du portrait chinois est idéal.

  • Si l'insomnie était un animal...

  • Si la cantine était un légume...

  • Si la pluie était un pays...

On peut ensuite croiser les idées, les mélanger et laisser agir l'imagination (pour ma part, j'utilise les petits papiers vierges que je vous ai distribués pour associer des idées facilement).


Etape 5 : La structuration


Normalement, à ce stade, certains ont une ébauche de texte ou une multitude d'idées.

Le travail de structuration peut commencer.


Si ce n'est pas déjà fait, il devient impératif de choisir l'angle et la narration (je, tu, il, elle, nous, verbes à l'infinitif...). Et puis aussi de déterminer s'il va y avoir des mots pivots ou des phrases répétées. Enfin, si vous choisissez d'écrire un texte en vers, c'est le moment de chercher des rimes, de définir un nombre de pieds etc...


Voici des exemples relevés dans le groupe (votre travail a peut-être évolué depuis) :

  • Sujet : le mouchoir en tissu.

  • Angle : apologie du mouchoir en tissu avec une touche de nostalgie.

  • Narration : tu (l'auteur s'adresse au mouchoir).

  • Forme : poème en rimes.


  • Sujet : la pluie.

  • Angle : plaidoyer pour la pluie (l'autrice défend la pluie).

  • Structure en deux phases avec un pivot entre chaque phase : phrases accusatrices (la vision de ceux qui n'apprécient pas la pluie) / et pourtant (pivot)/ vision positive de la pluie, en travaillant les 5 sens (le point de vue de l'autrice).

  • Forme : texte en prose.


  • Sujet : L'insomnie.

  • Angle : énumération hétéroclite, imagée et poétique, type inventaire à la Prévert.

  • Forme : texte en prose.


  • Sujet : La nostalgie.

  • Narration : répétition de la phrase Et pourtant il faudra bien... au début de chaque strophe.

  • Forme : poème en rimes.


  • Sujet : Le feu.

  • Narration : Variation autour du feu avec plusieurs textes de 4 strophes de 3 vers. Le 3ème vers se termine par une saison (... c'est l'automne, ... c'est l'hiver, ... c'est le printemps, ... c'est l'été).

  • Forme : poème en rimes.


  • Sujet : Le retour du printemps.

  • Narration : progression (derrière la fenêtre, la fenêtre ouverte, je passe la fenêtre...), parallèle entre printemps et renaissance.


  • Sujet : Le naufrage d'une migrante

  • Narration : tu (Maryam) et progression en 4 parties (Tu rêvais..., Tu sais maintenant..., Ce que tu ne sais pas..., ce que tu dois savoir...).


  • Sujet : Se faire une place au soleil.

  • Narration : Démarrage de chaque paragraphe par une ambiance et un lieu (38 degrés, place Saint-Marc...), progression sous forme de rapprochement géographique et point de bascule à la moitié du texte avec l'apparition d'une double lecture.


  • Sujet : La marche en forêt.

  • Angle : Récit chronologique, autobiographique (mes forêts) et métaphorique (chaque forêt reflète une émotion).


Conclusion


Il n'y a pas de recette magique pour écrire un texte poétique. L'inspiration viendra différemment selon l'auteur, le sujet, le jour, le lieu... Toutes ces techniques doivent servir de support. A vous de naviguer entre elles, de piocher celles qui vous inspirent et d'y rajouter celles que l'on abordera durant le reste de l'année.


Je termine par un point de vigilance destiné à celles et ceux qui possèdent des dispositions naturelles pour se lancer rapidement dans l'écriture d'un texte. Il faut toujours se méfier d'un texte terminé trop vite et dans la facilité. Même si personne n'est à l'abri d'un éclair de génie (ça arrive à des gens très bien), il arrive souvent que le premier jet (même s'il est bon), reste en surface, qu'il manque un peu de consistance, d'âme. Alors évidement, on peut s'en contenter (le plaisir d'écrire avant tout), cependant, il est fort probable que cette première version mérite d'être retravaillée, déconstruite et reconstruite, affinée, réorientée (changement de point de vue), enrichie, ciselée etc...


Ecrire, c'est réécrire !